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Drôme-Ardèche : “Tous les 100 ans il y a une épidémie”

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Yohann Fourey est professeur d’histoire et auteur d’essais. Le dernier en date : Les épidémies en Drôme et en Ardèche, aux éditions La Bouquinerie, publié au début de ce mois de décembre. Vendredi, il était l’invité de Chérie FM Vallée du Rhône. Il s’est prêté au jeu des questions, réponses.

Quelle est l’épidémie qui a été la plus importante dans nos départements ? 

D’après mes recherches, c’est incontestablement l’épidémie de peste de 1348. Notamment au niveau de la ville de Romans-sur-Isère, où elle a emporté quasiment les neuf dixièmes de sa population.

Combien de temps a duré cette épidémie ? 

La grande peste du XIVe siècle a duré environ cinq à six ans. Mais il y a, par la suite, d’autres vagues plus ou moins fortes, qui ont duré quasiment jusqu’au XVIIIe siècle.

Donc il y a toujours eu des épidémies et elles durent longtemps…

Ce sont des choses que l’humanité a déjà affronté. Pratiquement tous les 100 ans il y a une épidémie qui ressort, qui fait plus ou moins de ravage, et qui s’en va comme si de rien était.

Au début du Covid on a beaucoup parlé du monde d’après… Quand on observe les épidémies dans l’histoire, voit-on un monde d’après-épidémie ?

Il y a toujours un monde d’après-épidémie car il y a toujours des répercussions. Que ce soit au niveau démographique, puisque malheureusement il y a toujours des morts.  Et dans les esprits aussi, le souvenir de ces épidémies reste.

Comment a-t-on fait pour lutter contre ces épidémies ? Les méthodes utilisées actuellement sont-elles finalement si différentes des méthodes utilisées par le passé ?

Non, c’est ça qui est extrêmement intéressant. Les premières notions de gestes barrières apparaissent après le Moyen Âge. Pendant le Moyen Âge, on essaie surtout d’expliquer les différentes épidémie, la lèpre ou la peste, par la religion. Plus tard, on fait des recherches, on essaie de lutter contre les maladies et on prend des mesures. Notamment en France, la première ville confinée est Rennes et en Drôme-Ardèche, il s’agit d’Annonay au XVIe siècle. La ville nord-ardéchoise était alors frappée par la peste. On avait donc fermé les portes de la ville avec pour ordre de ne laisser entrer et sortir personne.

Aujourd’hui ce type de mesure n’est pas toujours accepté par la population, il y a parfois une certaine méfiance envers les gouvernant. Est-ce que c’était déjà le cas par le passé ?

Ça a toujours existé, oui. Alors moins au Moyen Âge, car il y avait la peur d’une maladie qui était relativement nouvelle et inconnue. Il y avait aussi, bien entendu, la peur de Dieu puisque la religion régnait en maître. C’est surtout au XVIIIe siècle que sont apparus les premiers véritables refus de se soumettre à une forme d’autorité. Au XVIIIe siècle, par exemple, c’est l’époque des premières attestations de sortie pour voyager de ville en ville, en disant que la personne qui portait cette attestation était saine et n’avait aucune maladie. Et on voit, qu’à cette époque il y avait déjà des fausses attestations avec de fausses signatures. Comme quoi ça ne date pas d’hier. Et puis, il y a eu les premières révoltes, surtout contre les autorités gouvernantes, notamment lors de l’épidémie de peste de 1720 où de nombreux Drômois, surtout dans le sud du département, sont entrés en révolte contre les autorités parce qu’on leur interdisait de faire du commerce.

Donc, finalement, étudier l’histoire nous permet de relativiser les maux de notre époque… Nos ancêtres ont fait face à des difficultés similaires.

Bien entendu, ça nous fait même énormément relativiser ! Surtout si l’on se penche sur les chiffres : la grande peste de 1348 c’était 25 millions de morts. Pour combler le vide démographique, il a fallu quasiment 400 ans. Alors, bien entendu, toutes proportions gardées. Mais si la Covid tue, elle tue quand même nettement moins que les anciennes épidémies, grâce aux progrès médicaux. Un dernier exemple : il y a à peine trente ans, c’était l’épidémie de grippe espagnole, Annonay a été très sévèrement touchée par la grippe espagnole et au niveau mondial c’est quasiment 100 millions de morts.

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Écrit par Pauline De Deus

Pauline De Deus, la 1ère hippy qui parle avec l'accent de Nadine de Rothschild !
Elle présente son journal debout, c'est peut-être un détail pour vous !
N'aime pas quand on gaspille, sa phrase préférée : C'est pas parce que c'est périmé depuis 3 mois que tu ne peux pas le manger !

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