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Mathieu Couttenier, prof d’éco à l’ENS Lyon, était notre invité

Photo fournie par Mathieu Couttenier.

Mathieu Couttenier, professeur d’économie à l’Ecole Normale Supérieure de Lyon, était l’invité de Chérie FM Vallée du Rhône. 

Chérie FM : Les températures ont commencé à chuter dans un contexte de hausse des prix de l’énergie. Ce qui veut dire que ça va être plus compliqué ou plus cher de se chauffer cet hiver. Concrètement, cette envolée des prix, à quoi est-elle due ?

Mathieu Couttenier : « Cette envolée des prix, je dirais qu’elle est multifactorielle, c’est à dire qu’il y a différentes explications possibles. Déjà, on entend beaucoup parler du fait que le conflit mené par la Russie en Ukraine serait à l’origine de cette hausse. C’est partiellement vrai, mais avant même que le conflit ne commence, on avait des augmentations de prix qui étaient notamment consécutives à des sécheresses, des « chocs climatiques ». Et donc, dès les mois d’octobre-novembre 2021, on a déjà commencé à observer une augmentation d’un certain nombre de prix sur les biens agricoles et un certain nombre de rapports ont déjà alerté à ce moment-là sur le fait que les prix allaient avoir une tendance haussière consécutivement à ces chocs climatiques, mais aussi au fait qu’il y a des conflits armés dans un certain nombre de pays. En plus de cela, il faut garder en tête qu’on est encore un peu dans cette période avec des États qui sortent affaiblis de cette crise du Covid et donc une résilience qui est moins forte à ces types de chocs ».

Est-ce la raréfaction des denrées, des matières premières, qui fait aussi grimper les prix, en lien avec ce conflit et avec la sécheresse ?

« Oui, tout à fait. C’est à dire qu’on peut considérer qu’on a une demande pour ces biens agricoles ou pour ces ressources énergétiques qui est à peu près constante. Mais en revanche, effectivement, l’offre, elle, est beaucoup moins importante. Si vous prenez le cas du gaz, le fait que la Russie décide de couper par certains aspects l’arrivée de gaz, vous réduisez l’offre, vous allez donc pousser les prix vers le haut. De la même manière, si vous avez une sécheresse pour un certain nombre de denrées alimentaires, ça touche certaines régions qui sont très importantes du point de vue de la production agricole au niveau mondial, vous allez raréfier cette production, raréfier l’offre et donc mécaniquement, vous allez avoir une augmentation des prix ».

Vladimir Poutine a fait des annonces pas très rassurantes. Il a annoncé une mobilisation citoyenne et mis la menace de la dissuasion nucléaire sur la table. Au niveau de la sécheresse, les rapports du GIEC sont assez alarmistes pour les années qui viennent. Doit-on s’attendre à voir les prix augmenter encore ?

« C’est compliqué d’anticiper parce que les marchés ont aussi cette capacité d’intégrer et de prendre en compte l’information aujourd’hui, mais aussi d’extrapoler sur ce qui pourrait être les mois ou les années futures. Donc c’est compliqué, vraiment de pouvoir aujourd’hui avoir une perspective fiable sur quelle va être l’évolution des prix. Si on avait eu cette conversation en mai ou juin dernier, on était sur des prix – que ce soit sur le prix du pétrole ou sur le prix du blé ou d’autres denrées alimentaires – plus élevés que ce qu’on connaît aujourd’hui. Je crois que l’été qu’on vient de passer l’a souligné fortement, avec de très fortes chaleurs que nous avons connu en France, il y a ce changement climatique, ces chocs climatiques qui sont de plus en plus fréquents, qui effectivement impactent de plus en plus la production agricole. De la même manière, et vous le mentionnez, les derniers propos venants de Russie ne sont guère encourageants sur une résolution rapide du conflit qui a lieu en Ukraine. Mais à nouveau, c’est compliqué à ce jour de pouvoir dire voilà dans un an, le prix du gaz, le prix du pétrole sera à tant, le prix du blé sera à tant, parce qu’en réalité, il y a des chocs climatiques qui peuvent encore apparaître dans l’année, dans d’autres pays qui sont producteurs de denrées alimentaires. »

Cette hausse des prix va avoir un impact cet hiver. Ce qui veut dire concrètement que des foyers vont moins chauffer ou se chauffer différemment, ressortir les pulls… Peut-on considérer que cela a des vertus sur le plan écologique ? Est-ce un mal pour un bien ?

« Seul l’avenir nous le dira. Vous faisiez mention du rapport du GIEC, qui est plutôt alarmiste, et qui propose un certain nombre de solutions à la fois immédiates, de moyen terme et de long terme. Et c’est sûr que de fait, compte tenu de cette hausse des prix, on va avoir une modification de nos comportements et que d’un point de vue climatique, cette hausse des comportements devrait avoir un impact positif, ou réduire autant que faire se peut, notre empreinte. Donc effectivement, c’est peut-être un mal pour un bien. On aurait pu espérer que ce ne soit pas un conflit – qui résulte dans une augmentation des prix – qui puisse pousser les individus et les entreprises à modifier leur mode de fonctionnement. Mais on ne peut pas non plus nier que les agents répondant à cette augmentation des prix par une modification de leurs comportements aient finalement un effet relativement positif sur le moyen terme. »

Qu’est ce qui pourrait permettre d’inverser la tendance et de revenir à des prix qu’on connaissait habituellement, que ce soit au niveau de l’essence, du gaz, de l’électricité et du papier ?

« Beaucoup de choses sont possibles. Je pense à une réduction des tensions liées au conflit, et donc à la fin du conflit. Espérer qu’il y ait des chocs climatiques un peu moins présents dans les prochaines années, ça c’est un point important. Et ensuite, il faut quand même mentionner que de nombreux pays ont mis en place des solutions politiques, économiques, sociales, pour essayer de contrer, de réduire l’effet de cette hausse des prix. Il y a des chèques qui sont redistribués, il y a des baisses dans certains pays sur la TVA, des choses qui sont mises en place, qui vont avoir des effets de court terme, mais aussi des initiatives, notamment celles qui ont été prises fin mars à l’occasion du G7 qui vont avoir des effets de moyen terme. Donc on peut espérer que ces solutions, qui passent aussi par la diversification de la production alimentaire, vont permettre de réduire la croissance des prix et peut-être de tendre vers des prix qui étaient des prix qu’on connaissait il y a un an ou deux. »

Retrouvez l’interview en intégralité de Mathieu Couttenier, au micro de Guillaume Sockeel :

2309 INVITE VENDREDI

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Écrit par Guillaume Sockeel

Guillaume Sockeel, journaliste à la pointe de l'actu. D'une réactivité et d'une rigueur sans faille, il a un faible pour le vin, les uniformes... et les demi-échangeurs. L'équipe ne serait rien sans ses jeux de mots capillotractés (mais le mystère des stylos disparus serait peut être résolu ! )

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